Êtes-vous déjà allés à l'office du tourisme de Tellius ? 

Non ? Vous ne savez pas ce que vous manquez, ce continent unique vous offre tout ce que vous pourriez souhaiter pour un séjour tout aussi unique que sa destination. Ne rêveriez vous pas d'une croisière fluviale sur la Ribahn ? D'une visite des plus beaux châteaux ancestraux de Crimea ? D'un séjour reposant dans les plaines de Talrega ? De découvrir le sacro-saint sanctuaire de la déesse Ashera à Sienne, capitale impériale ? Cela ne vous est jamais venu à l'esprit ? Eh bien, on va essayer de vous faire entrer de gré ou de force dans ces contrées lointaines mais envoûtantes...

Mais bon, avant de commencer, j'imagine bien que la question qui doit se trouver sur les lèvres de la majorité des lecteurs doit être "C'est quoi au juste Tellius ?". Eh bien, grâce à Tellius, on va pouvoir un peu aborder une série qui a fait date dans le microcosme vidéoludique :

La Saga des Fire Emblem. 

Alors, Fire Emblem, qu'est-ce que ça peut bien être ? Revenons un peu en arrière, en 2002. Cette année là est sortie en Europe la nouvelle née de chez Nintendo dans la catégorie des consoles de salon, la Game Cube. Dans le line-up de cette console, il y avait un jeu qui éclipsait les autres tellement il était attendu par une cohorte de fans déchaînés, le jeu qui allait le plus se vendre de toute l'histoire de la console : Super Smash Bros Melee. Bref, quel est le rapport entre SSBM et Fire Emblem ? Eh bien, pour les joueurs européens, l'affection envers la série des Fire Emblem a débuté avec eux :

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Marth et Roy, deux personnages très appréciés des joueurs de SSBM mais dont à l'époque, on se demandait bien d'où ils pouvaient provenir. On savait grâce à SSBM qu'ils venaient d'une série du nom de "Fire Emblem" mais on ne savait pas trop à quoi ce jeu pouvait ressembler. Eh oui, Nintendo est bien gentil mais ils mettent dans leur jeu des personnages que le commun des joueurs lambdas ne peut pas connaître vu que aucun opus de la série est sorti en dehors des frontières du Japon. La traque de la moindre information au sujet de ce duo Marth & Roy débutait donc pour les joueurs qui aimaient bien au moins connaître le background de base des personnages qu'ils jouaient. Cette recherche a vite abouti à une petite révélation, la série des "Fire Emblem" se révélait être une série de Tactical-RPG dans un univers d'Heroic-Fantasy, un genre très peu développé dans nos contrées mais qui a un succès plus que d'estime au Japon. Qu'est-ce qu'un Tactical-RPG ? Eh bien, selon la définition de l'insondable encyclopédie libre qui fait référence sur la Toile, "Un tactical RPG (ou T-RPG) est un type de jeu vidéo de rôle (ou RPG) où le gameplay est basé sur les décisions tactiques que le joueur doit prendre au cours des combats. Par ses nombreuses similitudes avec le jeu d'échecs, il est reconnu comme une forme moderne de ce jeu de plateau traditionnel." On découvre aussi dans le même laps de temps que la série des "Fire Emblem" a été l'une des précurseurs du genre.

A partir de là, penchons nous un peu sur l'historique de la série pour vérifier si ces informations se révèlent exactes. La série des Fire Emblem a été créée par Shouzou Kaga, elle a toujours été développée par Intelligent Systems pour le compte de l'éditeur Nintendo. Intelligent Systems, ça ne vous évoque pas un petit quelque chose ? Même si ces brillants développeurs ont commencé à se faire la main grâce à leur première réussite, Fire Emblem, il n'en demeure pas moins que l'on connaît plus ce studio de développement par chez nous pour d'autres séries. Intelligent Systems est plus connu chez nous pour être les développeurs des séries Advance Wars et Paper Mario. On peut affirmer sans mal que Intelligent Systems est le studio Second Party le plus prolifique et le plus talentueux de chez Nintendo. Mais bon, ça ressemble à quoi au final l'historique de cette saga ? Eh bien, ça ressemble à quelque chose comme ceci :

1.      Fire Emblem : Ankokuryuu to Hikari no Tsurugi (NES/1990)

2.      Fire Emblem : Gaiden (NES/1992)

3.      Fire Emblem : Monshou no Nazo (SNES/1994)

4.      Fire Emblem : Seisen no Keifu (SNES/1996)

5.      Fire Emblem : Thracia 776 (SNES/1999)

6.      Fire Emblem : Fûin no Tsurugi (GBA/2002)

7.      Fire Emblem : Rekka no Ken (GBA/2003)

8.      Fire Emblem : Seima no Kouseki/The Sacred Stones (GBA/2004)

9.      Fire Emblem : Souen no Kiseki/Path of Radiance (NGC/2005)

10.  Fire Emblem : Akatsuki no Megami/Radiant Dawn (Wii/2007)

Pour ceux qui s'intéressent plus particulièrement à Marth et Roy, on peut ici remarquer que Marth provient de Fire Emblem I pendant que Roy provient lui de Fire Emblem VI. Plus d'une décennie sépare donc ces deux protagonistes qui ont fait leur apparition simultanément dans la série des Smash Brothers avec l'opus Melee. Le premier Fire Emblem a être parvenu jusqu'en Europe est le septième opus, "sobrement" renommé "Fire Emblem" pour ce marché. A partir de cet opus, toutes les suites de la série sont parvenus jusqu'à nous, même si cela se fait parfois avec un retard plus que conséquent avec la sortie japonaise...

Le jeu que nous allons aborder plus précisément dans cette série peut intéresser de prime abord les joueurs avides de se lancer dans les futures vertes plaines de Super Smash Bros Brawl. (Patience, il faut encore attendre le 27 juin...) Quel est le rapport entre SSBB et le jeu vers lequel nous allons nous pencher ? Eh bien, ce rapport se situe dans la présence d'un personnage en particulier dans ces deux jeux : Ike.

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Ike est le dernier héros récurrent de la série des Fire Emblem ; il succède ainsi à des noms prestigieux comme Marth, Roy, Eliwood, Lyn, etc... Ike est apparu dans Fire Emblem IX, plus connu sous le nom de Path of Radiance par chez nous. Ce Fire Emblem IX avait été bien apprécié par les fans de la série, il n'était ainsi pas étonnant d'apprendre que Intelligent Systems préparait une suite à son succès sur la base des aventures de Ike. Au départ, ce qui s'annonçait comme le futur Fire Emblem X devait être porté sur Game Cube. Mais Nintendo décida de reporter le développement du jeu sur sa dernière console, la Wii, afin de soustraire un succès potentiel à la mourante Game Cube et d'en donner un à sa nouvelle console. Fire Emblem X est donc fortement marqué par cet héritage dans son développement initial sur la Game Cube sur certains points. Le jeu sorti au Japon en 2007 et il fallu attendre très longtemps pour qu'il soit disponible par chez nous vu qu'il n'est sorti que le 14 mars 2008, soit plus d'un an après la sortie japonaise... Mais bon, les fans étaient enfin contentés, le jeu était finalement dans leurs mains.

Il est ainsi temps de se jeter dans ce Fire Emblem : Radiant Dawn ! 

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Trois ans... C'est ce qui sépare cet opus scénaristiquement du précédent. A la fin de Fire Emblem IX, le continent de Tellius était revenu au calme suite à la guerre menée par le roi Ashnard. Daein avait été vaincue et n'avait plus de roi à sa tête après la disparition de Ashnard, Crimea avait pu être sauve et Elincia Ridell devenir la reine de ce pays, Ike avait sauvé sa Crimea natale avec ses mercenaires puis s'est retiré de la vie tumultueuse des Grands de ce monde. La guerre menée par le roi Ashnard n'avait pas réussi à réveiller le dieu maléfique emprisonné dans le Médaillon de Feu à cause de son intensité, on était donc devant un Happy End des plus joyeux. Trois ans ont donc passé. Daein est maintenant soumise à l'armée d'occupation de Begnion car Crimea ne se sentait pas assez puissante pour occuper sa turbulente voisine. Ce dixième opus commence avec une situation pas très glorieuse : Daein a certes été vaincue mais elle est mise régulièrement à sac par l'armée d'occupation de Begnion. Les hommes de Daein sont envoyés dans des camps de travaux forcés et la population vit dans la misère, craignant pour sa survie à cause des exactions commises par l'armée d'occupation. C'est devant cette situation plus que alarmante que s'est créé un groupe de résistance à l'occupant : la Brigade de l'Aube. Dans cette Brigade de l'Aube, on remarque surtout deux personnes. La première est quelqu'un de connu pour ceux qui ont joué à l'opus précédent car on retrouve ainsi Sothe, notre petit voleur qui s'était retiré dans son pays après la guerre pour retrouver une personne qui lui était chère. La deuxième personne est donc celle que Sothe recherchait précédemment, ce personnage étant l'héroïne principale de la première partie, Micaiah. C'est avec cette base que le scénario de cet opus commence, on peut être surpris aux débuts de combattre dans le camp des "méchants" du précédent opus mais cela constitue quand même une bonne originalité pour le titre. Sans en révéler sur la suite, le scénario est vraiment des plus captivant, il y a une réelle fuite en avant dans le scénario à un moment du jeu qui captive facilement le joueur. Bien-sûr, il y a des rebondissements, certains très classiques mais d'autres vraiment inattendus. Pour ceux qui ont pu jouer à l'opus précédent, ce Fire Emblem X répond à toutes les questions laissées en suspend et va assez loin dans la perpétuations de son univers. Bref, Tellius n'a jamais paru avoir un univers aussi riche et c'est un réel plaisir pour le joueur de suivre cette histoire vraiment bien menée.

Au niveau du gameplay, Fire Emblem X ne déroge pas à la règle de ses prédécesseurs et déroule une mécanique plus que bien huilée. Dans cette série, il faut savoir que chaque personnage vaincu sur le champ de bataille reste mort, que cela soit dans les parties ou pour le scénario. La mort des héros principaux entraîne elle le Game-Over. Cette "mort perpétuelle" qui n'est pas si souvent présente dans les autres jeux-vidéo est ce qui fait la marque de fabrique des Fire Emblem : ici, on ne ressuscite pas des tonnes de fois grâce à une magie quelconque mais on meurt réellement pour de bon. L'autre grand aspect dans Fire Emblem, c'est le triangle des armes. Chaque unité est ainsi plus performante face à une autre, mais en contre-partie est plus faible face à une tierce. Ce triangle suit cette règle : l'épée est plus performante face à la hache, la hache face à la lance et la lance face à l'épée. Le même système a cours chez les magiciens où on retrouve les magies du Feu, du Vent, du Tonnerre, du Jour et de la Nuit. Cet opus conserve donc les mêmes forces que les précédents, le système principal du jeu fonctionne toujours aussi bien et rend toujours les affrontements très logiques. Par contre, on peut regretter le remaniement du système de Soutien dans cet opus car il amène moins de profondeur scénaristique que auparavant. (Le Soutien permet de faire de deux personnages des "amis" qui pourront augmenter leurs statistiques si ils sont au même endroit sur le champ de bataille.) Au niveau du game-design, les développeurs de Intelligent Systems ont réussi à faire fort car toutes les situations rencontrées dans cet opus sont vraiment variées et apportent un renouvellement salvateur au joueur. On passe ainsi de l'assaut d'un château à sa défense, de l'éradication de l'ennemi à notre propre survie, etc... Le CPU n'est pas faible et donne du fil à retordre au joueur, il le sanctionnera d'une mort d'un personnage à chaque erreur qu'il pourra commettre. Le jeu possède une relative difficulté qui mettra à mal très souvent le novice tout comme l'habitué. Pour les musiques, Fire Emblem X reprend très allègrement dans le répertoire des classiques de la série, certains thèmes nouveaux sont agréables à entendre mais ils se révèlent au final assez répétitifs. Bref, musicalement parlant, Fire Emblem X n'est pas une déception mais ne constitue pas une révolution non plus à ce niveau.

Passons maintenant à ce qui pourra peut-être rebuter certains dans leur approche de ce Fire Emblem X, c'est à dire la technique propre du jeu. Il suffit de regarder cette image :

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Le principal reproche que l'on pourrait faire à ce Fire Emblem X se situe ici : le jeu est réellement dépassé techniquement pour l'époque où il sort car il reprend quasiment traits pour traits la réalisation technique du précédent opus qui ne brillait pas déjà à son époque de sa beauté. Bien-sûr, Fire Emblem X reste objectivement plus fin et détaillé que le précédent opus mais on sent beaucoup à ce niveau l'héritage du développement sur Game Cube. Bref, si vous cherchez d'un jeu-vidéo qu'il vous en mette plein la rétine grâce à sa réalisation, vous pouvez décemment mettre une croix sur ce Fire Emblem X. Mais heureusement, quelque chose vient à nouveau au chevet de cette réalisation technique d'un autre temps : l'esthétique générale du jeu. A ce niveau, Fire Emblem X est presque inégalable. Le character-design est sublime de même que les artworks qui parsèment le jeu. De plus, les animations de combat ont été fortement retravaillées, ce qui donne un aspect encore plus jouissif aux différents affrontements. Heureusement pour cet opus, son esthétique générale est vraiment sublime à tous les niveaux et il est difficile de ne pas être emporté par l'attraction du jeu.


Mais ce qui fait le principal attrait de Fire Emblem en général, et de cet opus en particulier, c'est ses personnages. Souvenez vous, nous avions évoqué le fait qu'une unité perdue au combat reste à terre jusqu'à la fin du jeu. Si les personnages étaient sans âme, il serait très facile de les sacrifier pour le bien et la réussite des différentes missions. Mais ici, tous les personnages qui sont dans l'aventure sont plus attachants les uns que les autres, que cela soit du plus modeste soldat dans le scénario aux héros principaux qui brillent de leur présence. Le character-design magnifique sublime des histoires qui méritent d'être suivies. Chaque personnage a une histoire qui lui est propre, une vie en dehors des champs de bataille, des aspirations, des espoirs, des craintes aussi. Mis ensemble, ces fragments de vie donnent au joueur le devoir de tous les sauver, et de faire en sorte qu'aucune de ses unités ne périsse au combat. Bien-sûr, on peut terminer le jeu en ayant perdu des unités mais ceux qui apprécient la série font toujours tout en sorte que tous leurs personnages survivent jusqu'à la fin. Pêle-mêle, on retrouve dans ces histoires de l'amitié, de la vengeance, de la cruauté, du racisme primaire, de la bonté, de l'amour fraternel, de la dualité, etc... Débuter un Fire Emblem, c'est prendre souvent le risque de s'attacher très fortement à ses personnages et ce Fire Emblem X ne manque pas à cette tradition.

Au final, on a pu voir que Fire Emblem X reprend avec succès les mécanismes de jeu de ses prédécesseurs et les améliore à sa manière. De même, le character-design inspiré et le scénario en béton armé rendent l'aventure passionnante de bout en bout. Mais voilà, une question subsiste : Est-ce que ce Fire Emblem Radiant Dawn est destiné à tous ? Malgré sa forme qui pourrait paraître repoussante, le fond de ce Fire Emblem est des plus sublimes.

Fire Emblem Radiant Dawn est un jeu qui se veut méritant, à la limite de l'hermétisme parfois, mais qui réserve de fabuleux trésors de game-design et des trouvailles incomparables en matière de narration à ceux qui auront fait l'investissement de se plonger dans cette aventure. La découverte de ce jeu peut toutefois conduire à l'addiction de la série.

~Bullzor