L'une des séries qui a élevé le fan-service vidéoludique au rang d'art est de retour sur la génération actuelle de console. Son ambition ? Vous donner une dose massive de moments inoubliables pour les prochaines années à venir dans son domaine. Ses moyens ? Une pléiade inégalée de stars rassemblée sur un DVD double-couche prêt à faire tomber à genoux votre console qui n'est pas prête au sacrifice auquel elle est appelée. C'est ainsi que le 27 juin dernier nous avons accueilli Dairantô Smash Brothers X de son petit nom nippon, pseudonyme dans lequel vous aurez bien-sûr reconnu le déjà célèbre

Super Smash Bros. Brawl

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6 ans. Il aura fallu attendre 6 ans pour tenir entre nos mains le successeur de Melee sorti au line-up de la maintenant défunte Game Cube. Dire que Brawl était attendu est un doux euphémisme, Melee avait su créer en son temps une base importante de fans et avait élargi l'audience de la série par rapport à l'opus sorti sur Nintendo 64 ; Melee est resté ainsi le jeu le plus vendu de son support. Pour celles et ceux qui n'ont pas encore eu la chance d'expérimenter la série des Smash Brothers, revenons d'abord sur ses fondamentaux. La série est née d'une idée de Masahiro Sakurai, un homme que l'on connaît aussi pour avoir travailler récemment sur la franchise Meteos, mais son oeuvre la plus célèbre est la création de la série Kirby.



Masahiro Sakurai, l'homme à l'origine de cette fantastique réunion qu'est la série des Smash Brothers.

La base de la série des Smash Brothers, c'est d'être le cross-over incontournable issu de l'univers des jeux Nintendo. C'est ainsi que l'on retrouve dans un même jeu les personnages les plus connus de la firme, comme le célèbre plombier italien Mario ou bien l'éternel porte-étendard des Pokémons qu'est Pikachu. Pour effectuer ce cross-over, la forme qui a été retenue est celle d'un jeu de combat ; mais un jeu de combat d'un genre particulier.



Une rencontre ainsi organisée entre de tels personnages, cela ouvre forcément des perspectives des plus intéressantes...

La série a toujours été en marge des autres jeux de combats de par ses mécanismes. Bien-sûr, le but principal du jeu est de matraquer joyeusement la figure de son adversaire afin de lui faire mordre la poussière. Mais ici, il n'y a pas de jauges de vie qui se vident pour signifier la défaite de l'un des protagonistes mais des ratios de pourcentages qui augmentent. Politique de Nintendo oblige, la violence est très minimisée et l'ambiance est bon enfant, on est ainsi pas prêt de voir Link effectuer une Fatality digne de Mortal Kombat en décapitant le pauvre Pikachu afin de le mettre KO. Le but dans cette série est d'éjecter son adversaire hors des bords de l'écran. Plus les dommages symbolisés par le ratio de pourcentages augmentent, plus le personnage est vulnérable et est facilement éjectable de l'écran. Les attaques qui permettent le plus souvent de sortir les adversaires s'appellent des attaques "Smash", c'est de là dont tient la série son nom.

Brawl, c'est avant tout des changements subtils dans le gameplay général de la série. Ceux qui découvriront la série avec cet opus ne pourront bien-sûr pas être d'emblée conscients de ces changements, mais cet état de fait ne leur sera pas préjudiciable. SSBB se veut ainsi plus accessible dans son gameplay, mais ne l'appauvrit pas pour autant sur l'autel de cette accessibilité. Ce qui sautera d'emblée aux yeux des joueurs rompus à la série lors des premières parties, c'est la baisse sensible de la vitesse générale par rapport à SSBM. Le jeu est plus lent, mais il rend les affrontements un peu plus posés et favorise ainsi la réflexion à la réaction. Pour la réalisation graphique générale, elle est tout simplement étonnante de beauté, ça fourmille de détails à l'écran sans que le framerate n‘en fasse les frais. Les arènes sont mieux inspirés que celles de SSBM, qui étaient déjà de grande qualité. Les arènes sont surtout plus interactives et beaucoup plus dangereuses, on ne manquera pas aussi de signaler que certaines arènes ayant un cadre très rétro ont un des plus formidables attraits. SSBB est sans conteste l'un des plus beaux jeux disponibles sur Wii, ce qui est assez rare pour être souligné. Il existe un point d'apprentissage difficile dans le gameplay de la série pour les nouveaux joueurs, ce sont les retours vers l'arène après que l'on ait été expulsé dans le vide par son adversaire. Dans SSBB, cette difficulté a été assouplie car les retours sont beaucoup plus aisés et efficaces. Le jeu se permet aussi de rééquilibrer les forces en présence parmi les personnages, des personnages des anciens opus voyant ainsi leurs caractéristiques être améliorées. Une nouveauté apparaît dans les mécanismes de base de SSBB, le Final Smash. Le Final Smash est le coup spécial le plus dévastateur de chaque personnage, il se veut être un coup qui renverse la situation d'un match ou du moins d'être très spectaculaire à l'écran. Ce Final Smash s'obtient en frappant plusieurs fois un objet, la Balle Smash, qui se déplace à travers tout l'espace de l'arène.



Des exemples de Final Smash apparaissant avec cet opus : Link et sa Frappe Triforce à gauche, Fox et son Landmaster à droite.

Cet ajout dans la série est plaisant, il permet d'introduire du spectacle à l'écran à moindres frais et rajoute de la stratégie dans les affrontements, notamment pour l'obtention de la Balle Smash. Malheureusement, si la quasi-totalité des Final Smash sont équilibrés car très utiles ; certains le sont beaucoup moins et n'apportent pas d'avantages significatifs. C'est un phénomène qui touche un ou deux personnages mais il est quand même remarquable. SSBB introduit aussi dans l'arène de nouveaux objets, assez surpuissants pour la plupart comme par exemple le Lance-Pétards qui transforme les affrontements en spectacles pyrotechniques dignes d'un 14 juillet. Le nouvel objet qui retient pourtant le plus l'attention est le Trophée Aide, qui permet au joueur qui l'utilise d'appeler à son secours un personnage issu lui aussi d'un autre jeu, à l'instar de la Pokéball qui renferme un Pokémon. Ces Trophées Aide sont surtout l'occasion de voir apparaître des personnages qui n'ont pas été retenus comme jouables, mais c'est avec un réel plaisir que l'on voit se faire seconder par ceux-ci.



Ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas dans l'arène comme personnages jouables qu'ils n'ont pas leur mot à dire : Frank "Gray Fox" Jaeger de MGS à gauche et Lyn de Fire Emblem VII à droite peuvent ainsi voler à votre secours via un Trophée Aide comme 25 autres de leurs camarades.

En parlant de personnages, nous pouvons aborder maintenant ce qui fait l'attrait premier du titre, à savoir les personnages jouables disponibles. Leur nombre se monte à 35 dans SSBB, dont 15 sont inédits. "Inédits", c'est quand même vite dit car certains personnages reprennent parfois comme base le moveset de personnages récurrents dans la série. Si ils le reprennent, les développeurs ont quand même réussi à modifier les movesets de ces personnages pour que l'on ait pas l'impression de jouer avec des clones dont seul les skins, la puissance et la vitesse auraient été modifiés. On retrouve dans SSBB une grande partie du casting de SSBM ; seuls Dr. Mario, Mewtwo, Pichu et Link Enfant tirent leur révérence de la série. Au niveau des arrivées dans le casting, on peut voir Ike de Fire Emblem IX et X, Olimar de Pikmin, Meta Knight et Roi DaDiDou de la série Kirby, Diddy Kong de la série Donkey Kong, Link Cartoon de la série Zelda, Wolf de la série Star Fox, le dresseur de Pokémons et Lucario de la série Pokémon, Pit de Kid Icarus, R.O.B le robot-gadget de l'antique NES, Wario de la série éponyme et deux guest-stars d'éditeurs tiers qui valent le détour.



Snake et Sonic sont là pour prouver à l'armada de chez Nintendo qu'ils peuvent eux-aussi montrer leurs talents dans l'arène.

Les deux arrivées les plus remarquées dans la série sont celles de Snake et de Sonic, les deux premiers personnages d'éditeurs tiers à apparaître dans la série jusqu'alors exclusivement aux personnages de Nintendo. On aurait pu craindre qu'ils ne s'intègrent pas intelligemment au jeu mais ce n'est pas le cas, l'aura nostalgique qui les entoure associé à des caractéristiques préservées fait qu'ils sont intelligemment bien intégrés au jeu. Il n'empêche, on peut quand même s'interroger sur les conditions de leur présence. En effet, Snake n'aurait pas dû initialement apparaître dans SSBB, mais dans SSBM. La série constitue une vitrine pour Nintendo pour promouvoir des séries qui ont besoin d'un coup de projecteur sur elles. C'est dans cet esprit qu'est apparu Ness dans l'opus N64 pour promouvoir EarthBound64, un jeu qui ne verra jamais le jour. On peut aussi citer l'exemple de Roy de SSBM qui devait par sa présence promouvoir Fire Emblem VI qui allait sortir une année après la sortie du jeu. Nintendo avait prévu d'intégrer Snake à SSBM pour promouvoir la sortie future de MGS : Twin Snakes sur sa console. Malheureusement, Nintendo et Konami se sont mis d'accord trop tard sur cette apparition par rapport au développement de SSBM ; mais quand SSBB fut mis en chantier, l'absence de Snake allait être palliée par sa présence dans le nouveau jeu de la série. Quant à Sonic, Nintendo a négocié avec Sega sur une utilisation réciproque de licences des deux éditeurs pour un jeu de leur choix ; Nintendo a ainsi acquis Sonic pour SSBB alors que Sega obtenait l'utilisation de la licence Mario pour l'envoyer à Pékin avec Sonic pour participer aux Jeux Olympiques de 2008. Divers arrangements entre éditeurs ont donc permis d'obtenir un casting de choix, et ce pour le plus grand plaisir des joueurs.

SSBB, c'est aussi une affaire de multitude de modes de jeu pour ne pas s'ennuyer. Outre les modes Classique et All-Star, SSBB offre une profonde refonte de son mode Aventure avec l'ESS, l'Émissaire Sub-Spatial.



Il est temps de défendre l'empire Nintendo de la menace qui vient d'on ne sait où...

Jusqu'alors, la série des Smash Brothers n'était pas étoffée d'un scénario des plus profonds. On savait tout juste que le monde dans lequel se déroulait les affrontements était régit par la puissance créative de la Créa-Main, main gantée géante qui sert depuis toujours de boss final. Pour SSBB, Sakurai a fait fort et a appelé Kazushige Nojima à la rescousse pour écrire le premier script de l'histoire de la série. J'imagine que des souvenirs émus de joueurs doivent remonter à la surface avec l'évocation de ce nom, mais il faut tout de même détailler son CV pour celles et ceux qui ne le connaîtraient pas. Kazushige Nojima est principalement connu pour avoir réalisé ou collaboré aux scénarios de Final Fantasy VII, VIII, X et X-2 ainsi que ceux de la série de Kingdom Hearts. Bref, le genre du cross-over et ses codes ainsi que les scénarios bétons, ça le connaît. Sans spoiler l'histoire, on peut quand même dire que celle de SSBB est d'un genre très burlesque, car il n'y a aucun dialogue parlé dans les cinématiques. Cela n'empêche pourtant pas d'avoir une histoire bien remplie avec ses passages attachants, voire assez mélodramatique parfois. Ce qui fonctionne bien dans cette histoire, c'est les alliances parfois contre-nature que l'action oblige à nouer entre les différents personnages. L'histoire vous tiendra une quinzaine d'heures environ, avec des cinématiques de toute beauté bien réalisées mais dont le principal défaut est d'avoir parfois des ellipses narratives trop importantes vis-à-vis de l'intégralité du scénario. Le Solo de SSBB est des plus conséquents, son Multijoueurs n'est même plus à aborder vu qu'il reprend trait pour trait le caractère exceptionnel de ce mode de chez ses prédécesseurs.

L'une des autres forces de la série qu'a su amplifier cet opus, c'est la faculté d'attiser le côté collectionneur du joueur. Jouer au jeu, c'est être récompensé. Dans cet esprit, SSBB vous invite à collectionner 544 trophées et 700 stickers, ce qui est assez astronomique. Pour les obtenir, il faut bien-sûr jouer au jeu mais aussi relever des défis pour obtenir des récompenses particulières.



Trophées et stickers, le nerf de la guerre selon SSBB pour vous laisser scotchés à l'écran durant de très longues heures.

Réussir à tous réunir dans ce jeu est un travail de titans, car en plus de devoir défaire un mur de 128 défis ; il vous faut compter sur la chance pour obtenir le trophée de vos rêves dans le lance-pièces. Parfois, il est ainsi très rageant de passer à côté de tels objets mais cela à le mérite de toujours vous poussez à persévérer pour les obtenir. En revanche, un gros point noir est à signaler, toutes les séries de Nintendo ne sont pas mises à la même enseigne ; les séries Fire Emblem et Kid Icarus se retrouvent ainsi avec un nombre de trophées assez famélique, ce qui est dommageable. Autre récompense disponible, les Chefs d'Oeuvre qui permettent de redécouvrir les jeux d'origine des personnages en jouant à des versions d'essais de ceux-ci. Si cela relève d'une bonne intention au départ, cette idée a un gros revers : le temps d'essai est presque insignifiant. Comment peut-on essayer de découvrir par exemple Ice Climbers sur NES en ayant simplement 45 secondes de jeu devant nous ? Bien-sûr, Nintendo aimerait bien que les joueurs poursuivent leur découverte en achetant le jeu voulu sur le Console Virtuelle de la Wii mais un petit geste en direction des joueurs n'aurait pas été de trop à ce niveau quand même.

Il ne reste plus qu'un point à aborder sur SSBB, la bande son. Autant le dire tout de suite, elle est exceptionnelle tant par sa richesse que de sa qualité. Non content de rassembler 258 musiques différentes et paramétrables individuellement pour leur fréquence d'apparition, les développeurs ont pris plaisir à demander de l'aide à leurs collègues du milieu vidéoludique pour remixer à leur guise la plupart des thèmes présents. De grands noms se succèdent ainsi pour offrir une expérience nouvelle avec la multitude de musiques mises à disposition. (Une liste exhaustive de ces personnes peut être retrouvée
ici) L'expérience qu'ils nous offre dans SSBB est vraiment étonnante et la bande-son passe par tous les registres, on passe ainsi par exemple d'une musique assez jazzy (Thème d'Ashley de Wario Ware) à une musique très lyrique (Thème principal de Fire Emblem), puis à une musique plus étonnante dans un jeu Nintendo (Et pour cause : Love Theme de MGS4) pour finir sur un arrangement des plus original sur un thème des plus connus. (Medley d'Ocarina of Time) Quant au titre d'ouverture, il est réellement sublime ; quoi de plus normal quand on sait que c'est Nobuo Uematsu qui est à la baguette de celui-ci. Bref, SSBB est une expérience musicale qui mérite d'être vécue pour elle seule et qui vient sublimer un jeu déjà excellent.

Pour conclure, on peut affirmer que SSBB est une très grande réussite, tant pour la richesse de ses possibilités que de la qualité du travail qui a été fourni dessus par les équipes de HAL Laboratoty. SSBB est une jeu qui peut très facilement vous tenir en haleine des centaines d'heures sans que vous soyez lassés d'y jouer. Le jeu est une expérience Solo très prenante et une expérience Multijoueurs incomparable. Pourtant, SSBB n'est pas une révolution comme pouvait l'être SSBM par rapport au tout premier opus de la série ; SSBB n'en reste quand même pas moins une sublime évolution. On ressent réellement le travail des développeurs qui ont cherché à toujours mettre le plus possible au niveau des possibilités de leur titre. Si vous n'avez jamais joué à un jeu de cette série, l'occasion qui se présente à vous avec la sortie de ce nouvel opus est à prendre au vol car vous pourriez découvrir un jeu qui vous convient. Si vous n'avez pas aimé le concept de ce jeu auparavant ou si vous êtes sincèrement allergique à l'univers acidulé de Nintendo, SSBB ne pourra, je pense, pas vous réconcilier avec la série car le jeu se situe réellement dans la même veine que ses prédécesseurs. SSBB est donc un jeu à essayer, voire à adopter mais gare quand même à l'addiction que ce titre peut engendrer.

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~ Bullzor